
Fraises biologiques
par Dan Wooley, 22 août 2006
Les craintes du public envers les méthodes de lutte contre les
ravageurs créent des débouchés pour les fruiticulteurs
biologiques, selon John Lewis.
Cet expert en petits fruits de l’organisme Agra-Point International
a toutefois prévenu les producteurs qui assistaient à sa
présentation sur la culture de fraises biologiques à l’Agrifest
que les chercheurs et le monde agricole en sont encore à multiplier
les efforts pour parvenir à un système de production biologique
viable.
Lewis a fait ce commentaire : « Je crois que nous y sommes presque;
mais tout n’a pas encore était prouvé. »
Les fraises sont très difficiles à cultiver en gestion
biologique, a-t-il reconnu, surtout à cause du profil très
varié de « menaces » de la part des ravageurs.
Le véritable défi, cette année, a été
l’ampleur de la moisissure des petits fruits biologiques, dix fois
plus importante parce qu’on ne peut recourir aux fongicides. Selon
Lewis, « il faut avoir une stratégie de lutte contre les
ennemis des cultures... sans elle, vous allez échouer et perdre
de l’argent. »
Généralement, la maladie du blanc (oïdium) n’est
pas un problème en Nouvelle-Écosse; mais cette année,
elle a frappé davantage à cause des conditions particulièrement
humides, a-t-il précisé. Il est possible d’appliquer
du souffre en poudre pour lutter contre le blanc, mais c’est dur
pour les plants.
Lewis a également fait observer que les herbes adventices peuvent
être un réel problème en production de petits fruits
biologiques. Il recommande d’utiliser de grandes quantités
d’engrais vert intégré dans une rotation de cultures
pour limiter la croissance des mauvaises herbes avant de planter les fraises.
L’agriculteur devrait enfouir l’engrais vert dans les futures
planches de petits fruits, avant la dissémination des graines de
mauvaises herbes, a suggéré Lewis, recommandant également
des cultures de couverture pendant 2 ou 3 ans avant la plantation de fraises.
Il a également recommandé de cultiver les fraises bio sous
plastique noir et d’avoir une stratégie prête pour
des maladies comme la pourriture grise.
Lorsqu’il pleut, les spores de pourriture grise sont projetées
du sol sur les plants par les éclaboussures, mais si on cultive
les fraises en buttes couvertes de plastique, elles seront exposées
à l’air et sècheront rapidement, a-t-il expliqué.
Lewis estime que les toiles de plastique peuvent durer trois ans; le
seul problème est que les oiseaux à la recherche de vers
ou de larves vont y faire des trous.
L’installation des toiles de plastique et la formation des buttes
peuvent se faire en une seule opération, après avoir installé
le système d’irrigation au goutte à goutte, à
deux ou trois pouces de profondeur dans le centre de la butte.
Même si les fraises n’ont pas de grands besoins en éléments
nutritifs, a remarqué Lewis, « selon mon expérience,
vous devriez vraiment penser à utiliser du compost biologique.
»
Les engrais de poisson liquides peuvent également être appliqués
par le biais du système d’irrigation ou directement sur le
feuillage.
Avant de planter les semis dans les buttes, les exploitants devraient
procéder à des analyses des sols pour en connaître
la teneur en divers éléments nutritifs essentiels, et amender
le sol, le cas échéant, par des apports de roches phosphatées,
de chaux agricole ou de gypse.
Le phosphore est également très important, a-t-il insisté,
pour un bon enracinement. Tremper les racines des jeunes plants dans un
thé de compost facilitera l’accès au phosphore.
Il est également possible de prévenir des maladies des
racines comme la stère rouge du fraisier grâce aux champignons
bioactifs du thé de compost. « Nous avons préparé
un thé de compost et y avons trempé les racines; cela crée
un bon milieu biotique autour des racines, Lorsque les plants sont repiqués,
on ne voit pas apparaître le pourridié noir. » En production
bio, la prévention est essentielle. « Vous devez savoir ce
que vous faites. »
Il existe de nouveaux outils de lutte biologique contre les maladies,
comme l’utilisation du champignon trichoderma. Il colonise le feuillage
des plants, créant un environnent propice à la prévention
de la moisissure grise (botrytis).
En ce qui concerne la lutte contre les insectes, Lewis a reconnu l’existence
d’un problème réel dans le cas de l’anthonome
de la fleur du fraisier dont les larves se nourrissent des racines des
plants. Il y a une dizaine d’années, ce n’était
qu’un problème mineur, mais avec des hivers cléments
de plus en plus fréquents, les larves hivernent et « des
insectes peu dangereux il y a 15 ou 20 ans sont en train de devenir des
problèmes majeurs. »
On dispose d’un nématode utile qu’on peut appliquer
au coût de 200 $/acre en se servant du système d’irrigation
au goutte à goutte, indique Lewis. « Si vous risquez de perdre
la moitié de votre récolte, ou la totalité, une telle
dépense se justifie. »
Il existe également trois ou quatre acariens et moucherons prédateurs
disponibles dans le commerce, qui peuvent s’avérer très
efficaces dans la lutte saisonnière contre les acariens, un ravageur
important.
L’agriculture biologique, a expliqué Lewis, c’est
favoriser un écosystème en très bonne santé
pour parvenir à un équilibre dans la lutte contre les ennemis
des cultures.
Il ajoute : « Il y a cinq ans, j’aurais déconseillé
à un agriculteur biologique de se lancer dans la culture des fraises.
Maintenant, je suis plus certain d’être en mesure de lui proposer
un programme. »
Lewis reconnaît, toutefois, que la plupart des consommateurs ne
sont peut-être pas encore prêts à payer un prix trop
élevé pour des fruits biologiques.
Il suggère aux producteurs intéressés par la fraise
biologique de planter des variétés hâtives pour en
tirer le meilleur prix dès le début de la récolte
annuelle et éviter également la pression plus forte des
ravageurs tard en saison.
Couvrir les rangées permet aussi d’avancer la saison de
deux à trois semaines. « Rien ne devrait vous empêcher
de récolter déjà de 350 à 400 pintes (à
l’acre) dès le début juin. »
Couvrir les rangées est également un des éléments
les plus coûteux, souligne-t-il, mais il permet d’avancer
la saison, de prendre les insectes de vitesse et de les empêcher
dans une certaine mesure d’envahir les planches de fraises.
À cause de la pression exercée par des maladies comme la
pourriture du collet et la stèle rouge du fraisier, Lewis croit
que les agriculteurs de Nouvelle-Écosse pourraient avoir un créneau
concurrentiel sur le marché nord-américain. « Ici,
nous avons de meilleures chances de réussir dans la culture de
fraises biologiques qu’en Floride. Nous pouvons produire des fraisiers
propres. Ils ne peuvent pas le faire. »
Le CABC remercie l’auteur pour la permission d’afficher cet
article sur son site Web.
English
Publication: mai 2007
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