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Les engrais vert vivaces - Gary Clausheide et la Sweet Clover Farm de Valleyfield à Î.-P.-É.

Par Ruth Richman, De Gros Marsh (Î.-P.-É.)

Au début du printemps, j’ai passé une matinée agréable à regarder Gary Clausheide creuser la terre en cours de réchauffement de sa serre. Ce n’est que lorsque je suis rentré chez moi que j’ai songé que j’aurais pu creuser avec lui pendant que nous parlions de sa ferme et de ses autres centres d’intérêt. Il aurait probablement apprécié mon aide, car il travaille surtout seul, et j’aurais pu me souvenir de la plus grande partie de ce dont j’avais besoin plutôt que de tout écrire. Tout en creusant, Clausheide s’est souvenu de notre première rencontre, sur le quai de la rivière Murray, à la fin juillet 1991. Le festival des pêches de Northumberland battait son plein et une enseigne annonçant les courses provinciales de doris en double de l’Î.-P.-É. a retenu l’attention de Clausheide et d’un ami tandis qu’ils passaient en voiture. Ils désiraient y participer. Après avoir remarqué les plaques du Vermont sur leur voiture, je leur ai suggéré d’essayer la course ouverte, mais Clausheide a déclaré qu’il était un résident de l’Î.-P.-É., quoique de fraîche date, et donc admissible à participer dans la catégorie des hommes seniors. Peu après, Clausheide et sa femme Junellen sont devenus des habitués du marché de producteurs de Charlottetown, où ils présentaient de beaux étalages de produits de boulangerie, d’aliments fraîchement préparés et de magnifiques fruits et légumes biologiques. À mon avis, les Clausheide ont aidé le marché dans son ensemble à améliorer la présentation et la qualité des aliments frais et préparés qui y sont vendus.

Plus d’une décennie plus tard, je rame encore dans mon doris et les Clausheide vendent encore au marché, bien que M. Clausheide travaille à sa ferme le plus souvent seul. Après plus d’une décennie de promotion de l’agriculture biologique et de la gérance du sol, ses champs sont en bon état et ont belle apparence, même tard dans l’hiver. Il fait de longues journées de travail, comme tous les petits producteurs biologiques, mais n’a pas les ressources financières nécessaires pour bâtir une petite maison chauffée, très nécessaire pour remplacer la ferme en état de délabrement qu’il appelle sa maison. Il a besoin d’aide pour semer et pour récolter, mais la ferme ne rapporte pas assez pour lui permettre de payer des employés. Alors, il compte sur des WWOOFers (Willing Workers on Organic Farms) pour l’aider à préparer les fruits et légumes pour le marché.

Sa terre cultivée comprend la serre de 96 pieds par 27 pieds dans laquelle croissaient de jeunes semis d’épinards quand je l’ai visitée. Au printemps et à l’automne, il l’utilise pour les épinards, les betteraves et la laitue, qui se vendent comme des pains chauds au marché. En été, il y cultive des concombres et des tomates, mais il essaie de trouver d’autres cultures, ayant eu quelques problèmes avec ces deux légumes, car la structure devient très chaude, ce qui favorise la propagation des maladies. Il utilise aussi la serre pour démarrer les semis pour les grandes cultures.

À l’extérieur, il a neuf champs de quatre acres. Deux sont consacrés aux légumes. Il y a un pâturage permanent où des chevaux et des vaches ont résidé et six acres de céréales et de foin. Clausheide cultive un demi-acre de pommes de terre annuellement en utilisant des variétés hâtives pour éviter les problèmes de brûlure. Dans les autres parcelles, il cultive tous les légumes de base imaginables, y compris le brocoli le plus tendre, les haricots les plus savoureux, les carottes les plus croustillantes et le maïs le plus sucré qui soient. Et, bien sûr, des oignons. Lui et moi parlons de la production des oignons depuis des années. Les oignons sont une culture importante pour Sweet Clover Farm et Clausheide essaie de nouvelles techniques à peu près toutes les deux années, bien qu’il n’ait pas encore essayé ma technique hautement intensive qui consomme beaucoup de temps et de fumier. Comme je ne cultive que pour mon propre usage, c’est une technique facile à appliquer pour moi. Clausheide, comme la plupart des producteurs biologiques que je connais, recherche constamment de nouvelles sources de matières organiques riches en éléments nutritifs.
Dans le but de résoudre ce problème perpétuel, Clausheide a divisé sa surface de culture des légumes en huit parcelles d’un acre. La moitié sont ensemencés annuellement avec des cultures et l’autre moitié, en plantes de couverture vertes que l’on incorpore traditionnellement aux sols pour l’enrichir en les utilisant comme « engrais vert ».

Il y a cinq ans, Gary a entendu parler pour la première fois d’Elliot Coleman, producteur biologique novateur et auteur, qui habite dans le Maine, et d’Eric Nordell du Small Farm Journal. Ils s’en remettent tous deux aux engrais verts pour enrichir le sol et accroître sa fertilité, et ils ont fait des expériences avec des engrais verts vivaces qui ne souffrent pas de la destruction par l’hiver. Ceci est attrayant pour Clausheide, car il recherche toujours des moyens d’enrichir le sol, d’améliorer ses cultures, de gagner du temps et de réduire ses coûts de production. Il est un adepte des engrais verts, car ils contribuent à la lutte contre l’érosion, mais cette protection n’apparaît que lorsqu’ils sont établis, habituellement tard dans la saison et après les pluies printanières potentiellement dommageables. Avec une couverture d’engrais vert permanente, le sol est protégé toute l’année. Les engrais verts contribuent aussi à l’inhibition des mauvaises herbes et évitent le tassement du sol.

En m’expliquant ce qu’il a commencé à faire l’année dernière avec des photographies et des gestes, Clausheide m’a dit : « la culture biologique est à toutes fins pratiques de la gestion des matières organiques, et il y a plusieurs façons de s’y prendre. Certaines personnes y verraient peut-être un chaos organisé. » Il aime l’idée selon laquelle « la production simultanée d’une culture d’engrais vert et d’une culture alimentaire est un pas dans la bonne direction ». La nature comble le vide que représente la surface du sol dénudé, habituellement par des plantes dont la présence n’est pas désirée dans un jardin ou un champ. La culture des engrais verts permet à l’agriculteur de choisir les plantes qui remplissent le vide.

Voici ce qu’il a fait : il a organisé les parcelles des légumes en allées de 18 pouces, assez larges pour laisser passer une faucheuse à pousser. Dans une bande sur deux, il a planté du trèfle blanc ou du gazon, sinon les deux. Dans les autres bandes, il a planté les légumes. Pendant que les graines germent et que les plantules émergent ou prennent racine et croissent ou que les plants repiqués s’habituent à leur environnement, la plante de couverture est tenue à distance des cultures. Mais après que les plantes cultivées aient grandi et que leurs racines soient devenues plus profondes, on laisse les plantes de couverture croître et prendre de l’expansion sur les côtés, au-delà des dix-huit pouces, et pénétrer dans la bande des cultures. Ceci permet de lutter contre les mauvaises herbes sans cependant que la plante de couverture n’ait empiété sur le terrain de la culture en inhibant sa taille ou sa vitalité.

En plus de faire obstacle aux mauvaises herbes, la plante de couverture protège la terre contre l’érosion causée par les fortes pluies et les vents desséchants. De plus, seule la moitié de la terre est travaillée chaque année, ce qui permet de faire des économies de temps et de carburant et de limiter l’usure de l’équipement. La réduction du travail permet aussi de réduire la perturbation de la structure du sol. Ceci est important pour Clausheide, car il estime que nous sous-estimons le tort que le travail fait aux vers de terre et aux micro-organismes du sol. Il n’y a cependant qu’un pas entre la protection contre les mauvaises herbes et la suppression des cultures, et Clausheide étudiera plus à fond ce qui les sépare en limitant l’expansion des plantes d’engrais vert par sarclage à la main. À la fin de juillet, il mettra fin au sarclage et laissera les plantes croître librement.

À la fin de l’été, les cultures sont récoltées et les bandes des cultures ont été colonisées par l’engrais vert qui protège toute la surface contre les fortes pluies d’automne que nous avons à l’Î.-P.-É. et aussi contre le gel et le dégel qui causent l’érosion du sol au cours de l’hiver, quand il n’y a pas de couverture de neige. Au cours de la seconde saison, les bandes de culture de l’année précédente deviennent les bandes d’engrais vert, et les bandes intercalaires sont travaillées et ensemencées avec les nouvelles cultures. Au cours de la troisième année, on laisse les plantes de couverture croître sur toute la parcelle tandis qu’une autre parcelle est utilisée pour la production. Clausheide compte laisser les plantes aller jusqu’à la grenaison, les faucher et conserver les graines. Au cours de la quatrième année, le travail et le plantage recommencent. Dans des conditions idéales, les plantes de couverture n’ont pas besoin d’être semées de nouveau, ce qui permet d’épargner temps et argent.

Pour Clausheide, la grande question consiste à se demander s’il peut maîtriser le gazon et le trèfle pour les empêcher d’envahir la culture. Il veut simplement dompter les plantes de couverture, pas les tuer. Alors que les autres producteurs utiliseraient du Round-up pour tuer ou supprimer les plantes vertes non désirées, Clausheide utilise le fauchage et des techniques de culture novatrices. Avant la plantation, les bandes seront travaillées deux fois, mais Clausheide essaiera de les travailler une fois avec un cultivateur rotatif et une fois avec une sarcleuse à étriers pour voir si les résultats sont différents. Il sait qu’il existe un risque que cette technique d’introduction de cultures d’engrais vert permanentes dans ses parcelles de culture ne fonctionne pas comme prévu. « Je me causerai peut-être du tort avec cette technique si je ne peux contrôler les bandes. Je ne suis pas payé pour faire de la recherche ».

Clausheide n’a pas reçu de subventions du gouvernement pour essayer cette technique agricole novatrice. Il ne considère pas vraiment le gouvernement comme une source d’information ou de financement pour la façon dont il veut s’adonner à la culture. Il pense que le gouvernement voit en les produits biologiques un marché lucratif mais n’a pas encore compris comment en tirer parti ou comment aider vraiment les producteurs biologiques. « Le gouvernement ne peut pas vraiment soutenir à la fois l’agriculture conventionnelle (la culture à grande échelle dépendante des produits chimiques) et l’agriculture biologique », dit-il. Par conséquent, la plupart des producteurs biologiques ont de petites exploitations qui sont toujours en difficulté économique. Ils n’ont peut-être pas les dettes d’un million de dollars des producteurs conventionnels, mais toute dette est difficile à supporter et limite l’expansion quand il ne reste pas d’argent après déduction des frais.

J’ai demandé à Clausheide ce qui l’aide à sortir du lit le matin pour faire ce qu’il fait jour après jour au cours de la saison de culture. Il m’a répondu qu’il pensait que c’était une excellente question et a poursuivi en ajoutant que « Wendell Berry dit que nous avons le devoir de donner de l’espoir à la jeune génération, et je crois que l’espoir que nous pouvons donner, c’est l’agriculture durable ». Il a alors souri et dit « Le mot durable est utilisé de tant de manières qu’il ne signifie plus rien. Pour moi, la durabilité, c’est la survie ». Il se sent poussé à changer de vie mais sait qu’il lui serait difficile d’abandonner la vie qu’il mène à la ferme. « Après toutes ces années de développement du sol et de la ferme, je n’ai pas d’argent pour réparer cette maison ou en bâtir une autre », a-t-il commenté.
Pendant les mois d’hiver, il fait des recherches non seulement sur les techniques agricoles, mais aussi sur les collectivités intentionnelles. Il trouve attirante l’idée de vie en collectivité. Des personnes des régions avoisinantes ayant des motivations semblables se sont réunies pour discuter de moyens de se rapprocher et de partager les coûts et les joies de la vie. Pour aider Clausheide à continuer à faire ce qu’il fait sur sa terre, ses amis ont organisé une levée de fonds de douze heures avec musique et nourriture ouverte au public et intitulée « Raise the Roof ». Elle avait pour but de recueillir des dons destinés à la construction d’une modeste maison. Au moment de mettre sous presse, l’événement avait eu lieu mais on ne savait pas combien d’argent avait été recueilli pour cet agriculteur qui croit que les trois piliers de l’agriculture durable sont la responsabilité sociale, la viabilité économique et la durabilité écologique.

 

Le CABC remercie l’auteur de lui avoir permis d’afficher cet article sur son site Web. Novembre, 2006


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