
Les enjeux de la production de pommes biologiques au Canada Atlantique
Bill Craig, M. Sc, agronome, horticulteur d’AgraPoint
La demande croissante de fruits et légumes frais biologiques semble
être une occasion pour les pomiculteurs de l’Atlantique. Dans
un système de production qui fait la promotion de la durabilité
et de la bonne gérance environnementale, il est un peu ironique
que les pommes soient expédiées d’un bout à
l’autre de l’Amérique du Nord afin d’approvisionner
de grandes chaînes d’épicerie au détail.
En Amérique du Nord, le plus grand volume de pommes biologiques
est produit sur la côte Ouest, où les pommes sont cultivées
dans un climat sec, et où la maladie fongique de la tavelure du
pommier ne prolifère pas. La tavelure du pommier s’attaque
au feuillage et aux fruits des variétés de pommes les plus
couramment cultivées en périodes pluvieuses et, si elle
n’est pas contrôlée, elle rend les fruits invendables
et réduit les rendements.
Dans la région de l’Atlantique, les producteurs doivent
faire au moins dix applications de fongicide pour combattre cette maladie.
Les exploitants agricoles qui choisissent de produire des pommes biologiques
ne disposent que de quelques options pour lutter contre la tavelure du
pommier, soit le cuivre, le soufre et le polysulfure de calcium, qui protègent
surtout les feuilles et les fruits contre les infections par la tavelure
du pommier, et ils doivent faire une telle application après chaque
pluie forte. Les exploitants agricoles qui désirent produire les
cultivars couramment connus tels que McIntosh et Cortland, conformément
aux lignes directrices biologiques, et satisfaire aux normes de qualité
qu’exigent le marché, doivent procéder à dix
pulvérisations de soufre, ou davantage, afin de combattre la maladie
en saison de croissance humide.
L’option la plus viable pour ceux qui désirent produire
des pommes biologiques consiste à planter des cultivars de pomme
résistants aux maladies. Ces cultivars ne sont pas bien connus
du grand public. Par conséquent, la commercialisation d’un
nouveau cultivar constitue toujours un défi de taille. Des cultivars
comme Red Delicious, McIntosh, Cortland et Gala sont reconnus et les consommateurs
en connaissent la qualité. Toutefois, les cultivars résistants
aux maladies comme Red Free, Novamac, Novaspy et Liberty ne sont pas bien
connus.
Plus de 100 cultivars résistants aux maladies ont été
nommés, mais on ne peut s'en procurer que quelques-uns auprès
des pépiniéristes commerciaux de pommes. Nova Easygro, Novamac
et Novaspy sont trois cultivars résistants aux maladies qui ont
été produits tout près, soit au Centre de recherches
de l'Atlantique sur les aliments et l'horticulture (CRAAH), situé
à Kentville.
Ce Centre continue à évaluer des croisements qui ont été
effectués par le passé pour les pommes candidates convenables
pouvant être nommées. Plusieurs nouveaux cultivars de pomme
résistants aux maladies devraient être nommés et lancés
par le CRAAH au cours des prochaines années.
Les cultivars résistants aux maladies introduits plus tôt
pourraient ne pas avoir correspondu à la qualité des cultivars
couramment cultivés, car souvent, ces cultivars avaient une peau
rude et tannée. La qualité des cultivars résistants
aux maladies continue de s’améliorer et nombre de ces cultivars
résistent également à d’autres maladies telles
que le blanc et le feu bactérien.
Lors d’un récent cours de deux jours sur la production commerciale
des pommes biologiques, les cultivars résistants aux maladies suivants
ont été recommandés pour la région de l’Atlantique,
notamment, en début de saison : Pristine et Williams Pride; à
la mi-saison : Red Free, Novamac et Galarina; en fin de saison : Liberty,
Topaz, Crimson Crisp, Crimson Gold et Gold Rush.
Le second enjeu principal est la lutte contre les insectes, mais elle
n’est pas aussi difficile que la lutte contre les maladies. Dans
la région de l’Atlantique, en raison de la saison de croissance
plus brève, les exploitants agricoles doivent affronter une seule
génération de la majorité des ravageurs, alors que
sur la côte Ouest, ils sont confrontés à deux ou trois
générations du même ravageur au cours d’une
saison de croissance. Nous sommes également chanceux que le charançon
de la prune ne soit pas un ravageur important comme c’est le cas
en Ontario et dans de nombreux États producteurs de pommes de l’Est
des États-Unis.
Il y a un certain nombre d’options viables en matière de
lutte contre les insectes. Les producteurs peuvent utiliser la vaporisation
d’huile pour traitement d’hiver afin de combattre les acariens
et les pucerons; du savon insecticide pour combattre les pucerons; Surround,
un produit argileux pour combattre la mouche de la pomme; la confusion
sexuelle pour combattre la pyrale de la pomme; ainsi que Dipel et Entrust
pour combattre les espèces de chenilles. Ce sont tous des produits
naturels qui sont conformes aux lignes directrices biologiques.
Les besoins en matière d’enrichissement des sols du verger
peuvent être satisfaits par l’utilisation de paillis et de
compost, alors que le paillage peut combattre la croissance des mauvaises
herbes. Par contre, les options de gestion de la charge de récolte
se limitent à l’utilisation de l’éclaircissage
à la main et à l’application de polysulfure de calcium
pendant la floraison. La recherche au CRAAH continue de se pencher sur
d’autres options de gestion de la charge de récolte et d’enrichissement
des sols des vergers.
Environ 27 personnes ont récemment assisté à un
atelier de deux jours sur la production commerciale des pommes biologiques,
organisé par AgraPoint, afin d’apprendre les moyens de surmonter
les enjeux que pose la production de pommes biologiques dans la région
de l’Atlantique. Il est à espérer que les consommateurs
verront prochainement davantage de pommes biologiques produites localement
dans la section des fruits et légumes frais des grandes chaînes
d’épicerie.
Pour de plus amples renseignements sur la production des pommes biologiques
ou d’autres cultures horticoles, veuillez communiquer avec Bill
au 902-678-7722 ou à b.craig@agrapoint.ca
English version
Affiché en janvier 2008
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