
Une aventure hors des sentiers battus pour deux amants de la nature
Mary MacArthur, The Western Producer
Pour se rendre à la ferme de Don et de Marie Ruzicka, près de Killam,
les visiteurs ne s'orientent pas en suivant les panneaux de signalisation,
mais plutôt les cabanes à oiseaux.
Aux abords de la ferme, le paysage change brusquement : les champs
en chaume et les poteaux de clôtures cèdent le pas aux haies brise-vent
et aux cabanes à oiseaux. Plus de 200 cabanes ont en effet été installées
le long des 34 kilomètres de haies constituées de cerisiers de Pennsylvanie
et de Virginie, d'argousiers, de peupliers, d'épinettes, d'érables et
de frênes. Disséminées parmi les 800 acres que compte la ferme, des
zones herbacées et boisées ont également été aménagées et clôturées pour
servir d'habitat et d'aire de nidification pour la faune. L'an dernier,
les Ruzicka ont planté 5 000 arbres en vue d'attirer encore
plus d'animaux sur leur propriété. C'est par centaines que les merles
bleus, bruants, troglodytes mignons et sturnelles sont revenus à la ferme
depuis que les Ruzickas sont passées de l'alimentation au grain aux pâturages.
« C'est bruyant, mais très agréable », explique Don Ruzicka.
Récemment, lors d'un dénombrement d'oiseaux, les Ruzicka ont aperçu un
pipit de Sprague et croient même avoir vu une paruline obscure, oiseau
rare s'il en est un. « On a vraiment le sentiment qu'on est en train
de changer les choses », ajoute Don.
En attirant une plus grande diversité d'oiseaux et d'autres animaux sur
leur ferme, le couple estime qu'il se rapproche de son objectif qui consiste
à faire de l'exploitation non seulement une ferme biologique, mais un
environnement pérenne, à la fois du point de vue agricole et faunique.
« Avant, on cherchait à conquérir la nature, maintenant, on veut
coopérer avec elle. »
Les clients se rendent à la ferme pour se procurer des porcs, des dindons,
des poulets et des oeufs biologiques, mais en rapportent aussi une meilleure
appréciation des efforts qu'il faut déployer pour faire de l'agriculture
en harmonie avec la nature.
« Les clients commencent à accorder de l'importance aux questions
d'intendance », explique Don Ruzicka qui propose souvent à ses clients,
outre des oeufs biologiques, une visite de la ferme qui peut prendre jusqu'à
trois heures et un cours d'introduction à l'agriculture holistique.
« J'estime qu'il est très important que nous prenions soin de l'environnement.
Je souhaiterais que davantage de gens se soucient de la terre. »
Don Ruzicka vient d'une famille d'agriculteurs et est le troisième de
sa lignée à avoir choisi ce métier. Il est retourné à la ferme familiale
en 1983, la tête pleine des souvenirs d'une enfance heureuse sur la ferme
de ses parents dans les années 1950 et 1960.
Changement de cap
En 1995, avec l'abolition de la subvention du Nid-de-Corbeau, les Ruzickas
sont criblés de dettes et vivent dans un stress perpétuel. Une décision
s'impose : soit ils abandonnent la ferme, soit ils délaissent la
régie traditionnelle et changent leurs méthodes de travail.
L'année suivante, ils ont suivi un cours sur la gestion holistique
dans le cadre duquel ils ont analysé non seulement leur situation financière
personnelle, mais aussi la situation de leur terre et de leur vie tout
entière.
Cette expérience a marqué un point tournant dans l'évolution des Ruzicka.
Ces derniers se sont alors aperçus que le métier d'agriculteur n'est pas
synonyme de dettes et de stress. Ils ont commencé par clôturer les
cours d'eau et les bandes riveraines. Puis ils ont ensemencé la terre
avec des espèces herbacées, délimité des petites zones destinées aux pâturages
intensifs et installé un système d'irrigation. Ensuite, ils se sont mis
au travail.
« Disons que la courbe d'apprentissage a été plutôt raide »,
se souvient Don Ruzicka. Selon les années, ils peuvent mettre au pâturage
entre 200 et 300 antenais. Ils ont également 25 couples de vaches-veaux,
de même que des porcs, des dindons des poulets à griller et des poules
pondeuses élevés au pâturage. Ces chiffres progressent d'année en année
pour répondre à la demande grandissante.
À mesure que grandit l'intérêt des clients pour tout ce qui touche l'intendance
de la ferme, les Ruzickas songent de plus en plus à proposer des séjours
de vacances à la ferme ou d'autres types d'activités liées à l'agrotourisme
sur leur ferme située dans le centre de l'Alberta. Ils ont construit une
cabane en rondins et estiment qu'il y a une demande grandissante pour
de tels endroits où les citadins stressés peuvent venir pour en apprendre
davantage sur l'agriculture, l'intendance et leur propre relation à la
nourriture.
Marie se dit prête à ouvrir les portes de sa maison de campagne aux visiteurs
et à les inviter à sa table si une telle offre de services est profitable
à l'évolution de leur ferme.
« C'est le projet de Don, son bébé. Moi, je l'appuie à 100 %
et je lui donne un coup de main quand c'est possible. Mais je n'aime pas
être le centre d'attention », explique Marie, une enseignante retraitée
qui travaille aujourd'hui à son compte à titre d'animatrice en enseignement
à domicile.
« Je ne philosophe pas sur le travail. Je fais ce qu'il y a à faire,
c'est mon côté pratique. » conclut-elle.
Le CABC reproduit cet article sur son site Web avec l'aimable autorisation
du cyberhebdo The Western
Producer.
English
Publication : mai 2007
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