
Verger de cerisiers biologiques en Saskatchewan
Par Sean Pratt, Western Producer, Salle de nouvelles
de Saskatoon
Un an après avoir établi son verger de cerisiers biologiques,
Dean Kreutzer s’est trouvé en train de livrer une bataille
de proportions bibliques.
Sur sa parcelle de 40 acres, un Kreutzer désespéré
a regardé une plaie de sauterelles s’abattre sur ses plants
sans défense.
Des hordes de ces assassins ailés arrivaient d’un pâturage
voisin. Dans un acte futile de résistance et de frustration, il
a tenté de faire de son mieux pour repousser les créatures.
« J’étais là avec ma pelle à faire ding,
ding, ding », a dit Kreutzer, assis à la table de la cuisine
de sa ferme de Lumsden, en Saskatchewan, en faisant des moulinets avec
les mains tandis que nous l’écoutions narrer cet événement
effrayant.
C’en était assez pour rendre fou cet homme qui se décrit
comme un citadin né. Sa femme Sylvia, qui a grandi en Saskatchewan
dans une ferme d’élevage de bovins d’Angus, près
de Leoville, ne l’a pas tellement mieux pris.
« Essayer de faire de l’agriculture biologique avec les sauterelles
est à devenir fou », a-t-elle dit en faisant un geste vers
la fenêtre qui s’ouvre sur la vallée Qu’Appelle,
qui serpente en contrebas de leur propriété.
Les Kreutzers ont fini par trouver un moyen de protéger leurs
arbres de l’infestation en plaçant des cartons de lait autour
des plantes fragiles.
Mais cela a entraîné un autre problème. Le couple
a perdu cent arbres cet hiver-là à cause des souris qui
ont élu domicile dans les confortables petites maisons de carton.
C’était là un des creux de ce qui a été
dans l’ensemble un changement de carrière enrichissant pour
Dean.
Il ne regrette pas d’avoir renoncé à sa vie de programmeur
à Regina pour suivre une voie où il est à la merci
de la Nature.
« Je comprends enfin ce que vivent les agriculteurs », dit
Kreutzer, qui, avec sa barbiche et ses cinq boucles d’oreille diamantées,
ne ressemble pas à un agriculteur typique.
Ils n’ont pas oublié tout à fait leur ancienne vie.
Dean fait encore un peu de programmation à contrat à Regina
et Sylvia doit bientôt retourner à son emploi de conseillère
en voyages après son congé de maternité.
Cependant, le couple est convaincu que la ferme leur fournira bientôt
à tous les deux du travail à temps plein en plus d’être
le premier domicile de leurs deux bambins.
Comme beaucoup de citadins désenchantés, les Kreutzers
se sont réveillés un beau matin et ont décidé
de se rendre à la campagne pour voir une terre. Ils ont été
immédiatement conquis par la vue magnifique de ce qu’ils
ont baptisé Over the Hill Orchards.
Perchée au sommet de la vallée Qu’Appelle, leur ferme
surplombe le pittoresque terrain de golf Deer Valley, à environ
vingt minutes de voiture au nord de Regina.
Après avoir vu ce qu’ils pouvaient obtenir en louant leurs
25 acres de terre arable, les deux ont a décidé de les cultiver
eux-mêmes en créant un verger.
Une visite à l’un des plus importants programmes de sélection
des cerisiers en Amérique du Nord, à l’University
of Saskatchewan, leur a fait découvrir leur vocation. Il a suffi
d’une bouchée d’une cerise produite par les sélectionneurs
Bob Borys et Rick Sawatzky pour convaincre les Kreutzers qu’ils
avaient trouvé leur voie.
« Nous nous sommes regardés et avons dit : nous devons essayer
cela », dit Sylvia.
En 2000, le couple a planté 150 spécimens du cultivar de
cerisier aigre nain de l’université, SK Carmine Jewel. Il
produit un fruit aigre rouge sombre propre à la transformation
et qui, contrairement aux cerises cultivées dans le Michigan, n’a
pas besoin qu’on lui ajoute du sucre ou un colorant quand on le
transforme en produits comme la garniture pour tarte.
Cinq ans plus tard, le verger compte 3 000 arbres dont 200 portent des
fruits.
Jusqu’à tout récemment, le couple fabriquait sa gamme
de six produits à Regina, dans un sous-sol d’église.
Par contre, au cours de la dernière fin de semaine, il a ouvert
à Lumsden sa propre usine de transformation où il fabriquera
de la garniture pour crème glacée, de la tartinade, des
tartelettes, du jus, des croustades aux fruits et sa spécialité,
les chocolats, tous vendus sous la marque Prairie Cherry.
« Je veux être le Sun-Rype des Prairies », dit Dean.
Leurs produits sont vendus dans une douzaine de magasins d’aliments
naturels, de magasins d’aliments biologiques et de boutiques de
fleuriste à Regina, Saskatoon, Moose Jaw et Yorkton.
Ayant terminé leur première récolte, les Kreutzers
s’affairent à expédier leur produit à leurs
détaillants à temps pour la bousculade de Noël.
Jusqu’ici, leur activité leur a coûté beaucoup
d’argent. Après cinq années, ils n’ont pas encore
atteint le seuil de la rentabilité.
Par contre, comme les arbres commencent à porter des fruits et
qu’une nouvelle installation de transformation va ouvrir ses portes,
Dean estime qu’Over the Hill Orchards deviendra rentable l’an
prochain.
Les ventes de la récolte actuelle devraient dépasser aisément
les revenus de l’année dernière. Par contre, il sera
presque impossible de surpasser la liste des clients de 2005.
En plus de vendre au premier ministre Lorne Calvert, qui a acheté
une boîte de cerises au chocolat pour son épouse le jour
de la Saint-Valentin, les Kreutzers ont eu l’honneur de fournir
leur produit à la reine Élizabeth et à 670 dignitaires
qui assistaient à un dîner en l’honneur de Sa Majesté
lors de sa visite dans la province.
« J’ai dit à Sylvia, ‘Que pouvons-nous faire
de plus maintenant? Nous avons déjà donné des chocolats
à la reine », dit Dean.
Le CABC remercie Western Producer
de lui avoir permis d’afficher le présent article sur son
site Web.
English
Janvier 2007
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