
Le coyote et le veau
Le soir du 1er juin, presque au crépuscule, je marchai jusquau
plus haut point de ma ferme pour vérifier, pour la dernière
fois avant la nuit, létat de mes vaches prêtes à
vêler et létat de lune delles en
particulier, Simone, qui sétait éloignée tout
seule vers les bois au début de laprès-midi. Je vis
le reste du troupeau, là-haut, près de lendroit où
javais aperçu Simone pour la dernière fois, quelques
six heures auparavant. Pendant que japprochais, jétais
heureux de voir quelles ne se souciaient guère de moi. Pour
elles, je ne suis pas un étranger.
Japerçus Simone à lécart, dans les buissons.
Je marrêtai à environ 15 pieds delle et je restai
simplement immobile. Jécoutais. Je regardais. Je prenais
mentalement note de tout ce que je pouvais. Je conclus quelle navait
pas encore mis bas. Elle était immobile elle aussi, debout, me
faisant face obliquement. À ce moment elle tourna la tête
et regarda derrière elle. Ensuite elle se retourna complètement.
Jétais perplexe. Avait-elle réellement mis bas un
veau, là en arrière ? Cest alors que je remarquai
une petite forme dans lherbe, à cet endroit. Ce pouvait bien
être un veau après tout ! Je me penchai pour regarder sous
les aulnes. Et mes yeux plongèrent tout droit dans la face assez
large dun coyote, juste à 40 pieds de moi ! Nous nous sommes
regardés fixement pendant 5 secondes, puis le coyote fit volte-face
et senfuit en bondissant.
Je restai seul avec mes pensées. Cétait moi qui avais
lancé le processus par lequel Simone devait mettre bas cette nuit,
bien que, selon mes intentions, le vêlage aurait dû se passer
en mai. Je sais que les coyotes mettent bas en juin et quils sont
affamés à cette époque. Mes veaux étaient
attendus avant juin.
Et que va-t-il donc se passer cette nuit ? Si les coyotes harcèlent
Simone, est-ce que Phyllis, avec ses cornes, viendra à son aide
? Je me sens face à face avec une dynamique de cet écosystème.
Je lai touché. Plus encore, jy joue un rôle.
Je suis chez moi et je suis un acteur de peu dimportance dans le
drame qui se déroule ici. Jespère que Simone mette
bas son veau en toute sécurité cette nuit.
Premier juin, 21 heures 45. Je peux entendre les coyotes glapir, bien
quils semblent être sur le terrain de la ferme voisine. Hum...
Le 2 juin, 6 heures 30 du matin. Un matin de juin ensoleillé,
avec une forte rosée qui permet de trouver facilement la trace
des vaches. Mais de toute façon japerçois bientôt
Simone. Et il y a encore une fois une petite forme dans lherbe.
Oh, cest un joli veau, couché mais alerte ! Les coyotes sétaient
occupés dautre chose, semble-t-il. Ou peut-être ont-ils
connu la fureur de Phyllis dans des occasions Précédentes
et se sont-ils tenus à distance.. Simone lèche son veau.
Voilà qui est significatif, en plus, car il y a juste un an elle
avait refusé de reconnaître son veau comme étant le
sien.
Je suis heureux. Je ne peux pas facilement tirer de morale de tout celà.
Si ceci ne paraît pas trop présomptueux, toucher la dynamique
de lécosystème ma fait partager laventure
de cette nuit, ma donné un minimum dinfluence mais
pas de contrôle. Voilà qui est bon.
Ron Loucks
Ferme Maple Creek, N.-É.
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